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Envoyer à un ami Imprimer AjouterLa France a mieux "passé" la crise que ses voisins européens. En 2009, le PIB chutait de 5 % en Italie, de 4,9 % en Allemagne et au Royaume-Uni, de 2,6 % seulement en France. Pour autant, la récession n'a pas épargné l'économie nationale, avec des entreprises dont l'activité a accusé un net recul. En première ligne, les TPE* ont dû se battre pour rester la tête hors de l'eau. L'étude de l'Observatoire Alptis analyse les répercussions de la crise sur les TPE. Stéphane Rapelli, économiste, apporte ensuite son éclairage sur les risques d'une nouvelle crise et les moyens de s'en prémunir.
* L'étude porte sur les TPE (très petites entreprises) de moins de dix salariés. Elle englobe les travailleurs indépendants, les artisans et commerçants, et les professions libérales.
La baisse des exportations
L'affaissement de la demande des pays développés, puis des pays émergents, a fortement pénalisé le commerce extérieur : les exportations ont enregistré une baisse de 12,4 % en 2009. Ce sont les produits manufacturés – l'automobile, les biens intermédiaires et l'équipement – qui ont majoritairement supporté ce recul.
. Pour les TPE : elles ont été concernées indirectement par cette dégradation – les entreprises de moins de vingt salariés ne réalisent que 6,4 % de la valeur de l'ensemble des exportations hors produits agricoles – par le biais de la sous traitance, des activités de logistique et des transports.
Le recul de l'investissement
Amorcé au premier trimestre 2008, ce recul a été particulièrement marqué pour les entreprises des secteurs non financiers en 2009 (- 8 %). Les investissements en biens d'équipement, les achats de véhicules d'entreprise et les programmes de construction de locaux entrepreneuriaux ont été les plus touchés.
. Pour les TPE : ce phénomène s'est traduit par le report systématique d'achat de matériel, y compris de matières premières. Par exemple, les artisans et commerçants n'ont pas (ou peu) renouvelé leur machine ou leur mobilier commercial.
Le repli de la production
Les entreprises ont cherché à assurer l'équilibre de leur trésorerie par un mouvement de déstockage massif. Or, cette variation négative des stocks est une des contributions les plus importantes à la régression du PIB, car elle s'est accompagnée d'un recul marqué de la production dès le début de l'année 2008.
. Pour les TPE : du point de vue des TPE, un amoindrissement de la production entraîne tout d'abord une réduction de la masse salariale.
La forte régression de l'achat de logements neufs
Après un recul modéré en 2008 (- 2,7 %), l'achat de logements neufs a fortement régressé en 2009 (- 8,7 %), entraînant dans son sillage un ralentissement de l'activité dans le secteur de la construction.
. Pour les TPE : la vente immobilière compte de nombreuses TPE. Elles ont été confrontées à une baisse drastique de leur activité. Les conséquences ont été tout aussi catastrophiques dans le domaine de la construction, où de nombreuses entreprises ont mis la clé sous la porte.
Comment un dysfonctionnement du marché de l'immobilier résidentiel américain a-t-il conduit à une période de récession en France comme dans les autres pays européens ?
Étape 1 : Le marché des subprimes se développe
Dès l'an 2000, les banques américaines commencent à proposer des crédits hypothécaires (subprimes) aux ménages. En stimulant la demande, l'abondance de ces crédits favorise la hausse des prix de l'immobilier, qui permet elle-même aux emprunteurs de s'endetter toujours plus.
Étape 2 : Les banques transforment leurs créances en titres pour évacuer les risques
Ainsi, elles contournent les règles édictées par les accords de Bâle qui prévoient de compenser les risques par un accroissement des capitaux propres. Ce comportement rend le porteur de risque – et donc le payeur – de moins en moins identifiable.
Étape 3 : Le système se grippe et les premières faillites de banque interviennent
Afin de dynamiser les investissements étrangers, la banque centrale américaine augmente son taux directeur. Les taux d'intérêt des emprunts subprimes sont réévalués à la hausse. La proportion d'emprunteurs défaillants s'accroît et de plus en plus de résidences sont hypothéquées.
Au final, la bulle immobilière américaine explose.
Étape 4 : La panique bancaire se transmet aux marchés boursiers
La perte de confiance devient générale : toutes les valeurs boursières sont touchées dès le 26 juillet 2007. La précarité des banques se renforce et les faillites se multiplient. Les états sont contraints d'intervenir pour empêcher l'écroulement de tout le système bancaire et financier.
Étape 5 : La crise financière se transmet à la sphère réelle
Dès le premier trimestre 2008, la croissance américaine s'oriente à la baisse. Le trimestre suivant, les pays européens voient le taux de croissance de leur PIB devenir négatif et cette orientation perdurera jusqu'au printemps 2009.
Tous les secteurs d'activité n'ont pas été ralentis de façon identique. Si les branches de l'immobilier et de la construction ont subi un recul marqué, les TPE proposant des prestations de service aux entreprises ont plutôt mieux résisté au climat économique dégradé. Revue de détail.
Une chute de 23,4 % pour la production automobile
L'industrie manufacturière a enregistré une baisse de son chiffre d'affaire dès le dernier trimestre 2008. La production automobile a notamment régressé de 23,4 %, les biens intermédiaires ont accusé un recul de 10,4 %. En revanche, l'industrie des biens de consommation a connu une évolution moins néfaste, même si certains secteurs ont été durement touchés, à l'image de l'habillement.
Le commerce et la réparation automobile ont souffert dès le début de l'année 2008, conséquence de l'attentisme des ménages vis-à-vis de l'achat d'automobiles. La prime à la casse a cependant redonné une croissance au secteur. Le chiffre d'affaires du commerce de détail connaît quant à lui une quasi-stabilité depuis 2005.
Le bâtiment fortement affecté
Le secteur du bâtiment a été fortement affecté par la réduction de l'investissement immobilier des ménages. Le volume de permis de construire délivrés a chuté de 21 % en 2008 et de 20 % en 2009. Les travaux de construction spécialisés (installation électrique, plomberie, finitions...) ont, eux aussi, connu un ralentissement de leur chiffre d'affaires, mais de moindre ampleur. Dans ce contexte dégradé, les investissements immobiliers engagés par l'État dans le cadre du plan de relance ont permis de maintenir un minimum d'activité, même si le bâtiment peine encore à retrouver une dynamique similaire à celle qui prévalait avant 2008.
Les services à la personne durement touchés
Les services divers à la personne, et plus particulièrement les services artisanaux (coiffure, blanchisserie-teinturerie, etc.), ont été fortement touchés. C'est aussi le cas de l'hôtellerie- restauration. En 2009, les volumes de production de ces branches ont ainsi décru respectivement de 2,4 % et de 3,9 %. Parallèlement, certaines branches ont subi un repli de plus de 5 %, à l'image des services de sécurité, de nettoyage ou de promotion et gestion immobilière.
Les services aux entreprises protégés
La crise n'a pas enrayé la dynamique que connaissent les activités de soutien aux entreprises (activités juridiques et scientifiques, d'analyse et de développement, de conseil en gestion...). Un phénomène peu surprenant puisque l'utilité de ces services s'accentue en cas de crise. En outre, pour le demandeur, le recours à des prestataires extérieurs permet de les ajuster exactement à ses besoins.
Les TPE ont d'autant plus souffert que les banques leur ont fermé le robinet du crédit, pourtant seul moyen de renflouer leur trésorerie et de soutenir leurs investissements.
En effet, le détail des données montre que les prêts de court terme sont devenus peu accessibles.
Cette évolution s'est traduite par un repli des demandes de crédit alors même que les entrepreneurs révélaient des difficultés de trésorerie, notamment dans le secteur du commerce et de la réparation automobile ou de l'artisanat du bâtiment.
Hausse des défaillances et des créations d'entreprises : décryptage d'un paradoxe
Dans le secteur des TPE, le nombre annuel de défaillances a crû de 17,5 % de 2008 à 2009. Alors que sur la période 2002 - 2007, on comptait un peu plus de 48 800 défaillances par an en moyenne, l'année 2008 a marqué le début d'une augmentation notable avec 55 300 entreprises déclarées défaillantes. La tendance à la hausse s'est confirmée les deux années suivantes, avec 63 800 défaillances en 2009 et 61 200 en 2010.
Plus de 55 % des créations en auto-entrepreneuriat
Mais cette réalité s'est accompagnée d'un autre phénomène : en pleine période de crise, la création d'entreprises a augmenté de 74 % en 2009. Cette évolution doit naturellement beaucoup à la mise en place du statut de l'auto-entrepreneur (voir la Lettre de l'Observatoire n° 24). Plus de 55 % des créations ont été réalisées sous ce statut. L'engouement pour l'auto-entrepreneuriat s'est d'ailleurs confirmé en 2010, puisqu'il a séduit près de 58 % des créateurs. Cet enthousiasme mérite pourtant d'être tempéré : beaucoup de demandeurs d'emploi se lancent dans l'aventure sans posséder les compétences nécessaires. Résultat : le statut n'empêche pas la précarité.
D'ailleurs, ils cotisent moins et sont moins protégés. Enfin, ils "sortent" des statistiques officielles du chômage...
Les TPE face à la crise : quelles stratégies d'ajustement ?
Analyse
Baisse du chiffre d'affaires, tensions sur la trésorerie...
Les TPE ont été contraintes d'ajuster leur outil de production pour ne pas sombrer. Mais comment ont-elles fait ?
Réduction de la masse salariale
Les TPE ont été les premières à détruire des emplois. Elles ont contribué à la baisse drastique des effectifs salariés dès l'automne 2008, alors que les entreprises de plus de 1 000 salariés n'ont commencé à réduire leur masse salariale qu'à partir de l'été 2009.
Cette "hyper-réactivité" conjoncturelle s'explique aisément : en situation de crise économique importante, les petites structures possèdent moins de leviers d'action. Or, une baisse prolongée du chiffre d'affaires accroît fortement les contraintes financières liées aux charges d'exploitation, dont les salaires et les cotisations versées représentent une part importante pour les TPE.
Variation des revenus
L'évaluation des revenus est un exercice délicat, compte tenu de la diversité des modes de rémunération : le gérant d'une société peut se rémunérer sous forme de dividendes et/ou sous forme de revenus d'activité. Il existe néanmoins un indicateur pertinent pour évaluer la fluctuation des revenus des entrepreneurs individuels : le revenu mixte, qui recouvre la rémunération du travail du chef d'entreprise et son profit entrepreneurial. Or, les données de l'INSEE montrent que ce revenu a décru de plus de 4 % entre 2008 et 2009 après avoir progressé de 2,5 % par an en moyenne depuis 2000. Par rapport au niveau de 2005, le revenu mixte reste donc en progression, mais le ralentissement de sa croissance est notable.
INTERVIEW
" La prudence commande d'épargner et de limiter les créances
Stéphane Rapelli est micro-économiste et titulaire d'un doctorat es sciences économiques. Il s'est spécialisé dans l'analyse des travailleurs indépendants et de leurs entreprises.
Une crise d'une ampleur identique est-elle à nouveau possible ?
Stéphane Rapelli : Absolument. Ses facteurs déclencheurs ne seraient pas les mêmes, mais en termes d'intensité, elle peut se reproduire. Bien sûr des mesures ont été prises, notamment à l'encontre des banques afin qu'elles possèdent une certaine proportion de leur capital en fonds propres. Mais les institutions financières et bancaires emploient des mathématiciens de haut vol, capables d'imaginer des produits financiers suffisamment complexes pour contourner les règles. Par ailleurs, dès que la conjoncture économique est meilleure, beaucoup sont tentés de prendre des risques pour faire le plus de gain possible.
Et en France ?
La consommation est repartie à la hausse, mais les prévisionspromettent une croissance molle autour de 1 %. En parallèle, il existe un certain nombre de tensions latentes : un risque d'inflation sur les matières premières énergétiques (le pétrole), renforcé par le climat actuel d'incertitude politique en Afrique du Nord. Mais aussi sur les matières premières alimentaires ou sur la construction immobilière, avec des prix toujours à la hausse. Il faut également prendre en compte la situation du Japon, qui va entrer dans une phase de reconstruction du pays, ce qui va occasionner des tensions sur les liquidités et va faire grimper les taux d'intérêt. Il suffirait de peu, en somme, pour que la machine s'emballe à nouveau.
Quels sont les moyens pour les TPE de s'en prémunir ?
Il est nécessaire de conserver un volet de liquidités et de limiter au maximum les créances, afin de préserver sa trésorerie. Autre conseil : ne pas se contenter d'un ou deux clients pour assurer la quasi-totalité de son chiffre d'affaire, ce qui peut se révéler très dangereux. Enfin, il est pertinent de chercher des débouchés parallèles à son activité (ouvrir une vitrine de vente sur Internet en complément de son magasin) ou de développer une stratégie de niche fondée sur le service (proposer un service de livraison à domicile). Concernant l'accès aux crédits, pensez aux crédits participatifs, qui proposent des taux d'intérêt très intéressants.
Je dirais enfin qu'il est nécessaire de prendre soin de soi : les TPE reposent souvent sur une seule personne. Si celle-ci néglige sa santé, l'entreprise risque aussi d'être mise en péril...
Pour aller plus loin, retrouvez l'étude complète de l'Observatoire Alptis sur le thème : "Comment les TPE ont-elles passé la crise ? ", lire la synthèse sur comment les TPE ont passé la crise par l’Observatoire Alptis
L'EIRL, une révolution sans effet ? (septembre 2011)
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Date de publication :

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